Les racines rêvent aussi (Atelier d’écriture)

Vincent Héquet-valunivers-les racines rêvent aussi

Photo © Vincent Héquet– Texte : © Valérie Guichon – 2015

Les racines rêvent aussi

Atelier d’écriture / Texte court inspiré par une photo

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Il y a fort fort longtemps, tout au milieu d’une immense forêt, poussait un arbre dont l’unique mission était de s’approcher le plus possible du ciel pour profiter des rayons du soleil. Plus il grandissait, plus il grossissait, plus ses branches pouvaient abriter des oiseaux  en provenance de contrées lointaines.

Rossignols, mésanges ou encore rouge-gorges, colportaient des centaines de ragots récoltés tout au long de leurs périples : La vie des autres animaux en général ; les problèmes de flux migratoires … et de plus en plus parlaient de cette nouvelle variété appelée “faux arbres” parce qu’ils n’avaient que deux branches sur leur tronc et deux racines mobiles. Ces “faux arbres” ne donnaient rien à la nature. Ils se déplaçaient vite, gesticulaient, étaient bruyants et parfois coupaient des forêts entières ou les brûlaient pour s’installer dans des abris qui parfois n’avaient pas d’odeur naturelle. On n’y comprenait rien ! Ces drôles d’arbres se comportaient bizarrement.

Depuis plusieurs siècles, ces “faux arbres” continuaient leur infernale progression jusqu’à occuper toute la planète. Ils détruisaient, polluaient et perturbaient le cycle de la nature.

Il devenait de plus en plus difficile pour les oiseaux de savoir à quelle époque entreprendre leur grand voyage migratoire.

Cela devenait aussi de plus en plus problématique pour les arbres de savoir quand laisser s’envoler leurs feuilles et se mettre en hibernation ou encore quand en sortir et bourgeonner. Toutes les règles étaient bousculées.

Mais reprenons le fil de notre histoire. Notre arbre avait de nombreuses racines. Toutes étaient dévouées à son service pour l’ancrer fermement dans le sol, puiser l’eau et lui apporter tous les nutriments nécessaires à une bonne croissance. Avec l’aide de bonnes racines, notre arbre pourrait devenir fort et être la fierté de la forêt.

Mais une de ses petites racines, en pleine crise d’adolescence, passait ses journées à écouter les oiseaux colportant les rumeurs du monde lointain :

  • “Les “faux arbres” produisent une lumière qui peut remplacer le soleil”, entendait-elle,
  • “Les “faux arbres” déplacent bizarrement leurs boutures et arbustes”,
  • “Les “faux arbres” se protègent du froid avec des plumes colorées et parfois invitent des sapins qu’ils font briller comme des étoiles toute la nuit”…

Ces “faux arbres” faisaient rêver cette racine rebelle qui n’avait qu’une envie, celle de les trouver et de vérifier par elle même toutes ces histoires. Peut-être qu’ils lui raconteront comment parcourir le monde car elle aussi rêvait de liberté. Elle voudrait tant voyager pour avoir à son retour des centaines d’histoires à raconter à son arbre !

Alors chaque jour, elle poussait, s’étirait vers la zone où les “faux arbres” étaient censés s’être rassemblés.

Chaque hiver, la racine s’endormait, mais à chaque printemps, elle était toujours aussi déterminée à découvrir cet autre monde, cette autre variété d’arbre.

Alors que cette fois-ci l’hiver l’eut endormie plus longtemps que d’habitude, la racine reprit conscience au moment  du dégel et arriva enfin à la zone indiquée par les oiseaux.

Point de “faux arbres” ici ! Que de l’herbe et un grand espace vide qui pourrait correspondre à ces abris à l’odeur bizarre dont parlaient les oiseaux.

Cette promenade n’avait abouti à rien.

Les oiseaux colportaient de fausses rumeurs. Les “faux arbres” n’existaient pas. Il était temps de rebrousser chemin…

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Voici ma participation à l’atelier d’écriture de Bricabook.
Il ne m’a pas été facile de regarder cette photo et d’imaginer un texte que j’aurais voulu de prime abord être une nouvelle post-apocalyptique. Les tragiques évènement du 13 novembre m’ont tétanisée et je n’avais plus envie de parler de l’homme alors qu’il n’a qu’une seule envie, se détruire au nom d’une  religion. Je suis partie alors de nous, ce que la nature pourrait appeler des “faux arbres” , de ce qui pourrait rester de nous dans plus ou moins longtemps, alors que la nature sera toujours là, bien présente et muette de notre passage sur Terre… Et encore, si nous ne la détruisons pas en chemin.

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Blogueuse, lectrice équipée d'un reader depuis plusieurs années. Grande fan de Science Fiction, de thriller, Valérie ne passe pas une journée sans ouvrir un livre. Et quand elle ne lit pas, ce qui est vraiment rare, Valérie adore aller au cinéma (voir des films SF), regarder des séries (principalement SF)...elle travaille aussi mais ça, c'est une autre histoire...

23 Comments on this post

  1. Les hommes, des faux-arbres qui n’ont pas la sagesse des vrais,… Le point de vue que tu adoptes permet de mesurer les dégâts causés par l’espèce humaine.

    Albertine / Répondre
  2. Albertine a dit tout ce que je voulais dire… beau texte!

    Choup / Répondre
  3. Une jolie façon de mettre la nature à l’honneur et de rappeler qu’il faut la respecter aussi.

    titine75 / Répondre
  4. Mais oui bien sûr,que je suis bête,c’était évident que cette”brindille” était une racine curieuse qui a eu envie de faire le chemin à l’envers pour aller vérifier par elle-même ce qu’on lui racontait!!!!…..Et je crois même qu’elle a entrainé dans son aventure une petite copine!!…..J’adore…Et je comprends ton choix,quelque part j’ai fait le même…..

    Benedicte D. / Répondre
  5. en quelque sorte tu nous dis de croire en la jeunesse… et je ne demande pas mieux!
    bonne soirée à tous

    blogadrienne / Répondre
  6. Je suis un peu perdu dans la symbolique des “faux arbres” etc.. mais c’est très beau d’avoir tenté un texte “doux”, dans le contexte !

    lyvann / Répondre
    • C’était un peu compliqué, je le reconnais. Je cherchais à prendre un terme que la nature aurait pu nous donner. Pour une meilleure lecture, j’aurais du sûrement utiliser quelque chose comme “les Humains”

      Val / (in reply to lyvann) Répondre
  7. Il est bien dommage en effet d’être de faux arbres, un peu comme si nous étions faux par rapport à la Nature, mais effectivement, comment ne pas nous voir comme des déviants en ce moment ? Très joli texte.

    Leiloona / Répondre
  8. Le point de vue choisit pour ton texte est intéressant … Je l’ai relu une seconde fois pour bien m’en imprégner et bien comprendre l’objectif de ces “faux arbres”. J’espère simplement que cette petite racine grandira dans la sérénité qu’elle mérite …

    Vudemeslunettes / Répondre
    • Ah oui encore ces faux arbres. Si je réécris pour enrichir ce texte et le transformer en nouvelle, je trouverai autre chose. Plusieurs de mes amis n’avaient pas compris la symbolique…C’est là que je me rends compte de la difficulté d’être lue d’une part et comprise d’autre part. Merci pour ton retour en tout cas…c’est ainsi que l’on progresse 🙂

  9. J’aime beaucoup cette forme de l’apologue.

    sabariscon / Répondre

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