Jeanne et Jean (Atelier d’écriture)

jeanne et jean texte de valerie guichon image de Kot(images)

Texte de Valerie Guichon inspiré par la photo de @Kot(images)

Jean se levait tous les jours à la même heure.
Il avait mis en place une routine qui lui permettait de survivre à l’absence…

Il l’avait rencontrée quinze ans auparavant.
Il prenait son service
Elle prenait son service dans ce même dépôt de bus pour la 1ère fois.

Il s’appelait Jean
Elle s’appelait Jeanne.

Tous deux avaient souri à la similitude de leurs prénoms.

Il était divorcé
Elle avait vécu deux belles histoires d’amour.

Ils s’étaient trouvés ce jour-là.
Comme conséquence de leur goût commun pour le jazz, le cinéma Italien, la cuisine,
l’amour dans tout sa simplicité, s’était installé.

Dix ans de bonheur, sans une seule ombre au tableau.
Il paraît qu’en vieillissant, on prend plus conscience des moments heureux.

Mais un matin, en rentrant de son service, Jeanne n’était pas dans leur appartement du 12ème.

Le 1er jour, Jean s’est inquiété. A appelé ses amis, leurs proches.
Le 2ème jour, Jean a pensé que Jeanne l’avait quitté.
Le 3ème jour, il n’en était plus aussi sûr : toutes ses affaires étaient toujours là.
Le 4ème jour, Jean tourne en rond. Il est de repos. Il ne bouge pas du canapé et regarde la photo des deux amoureux à Venise posée juste à côté de la télévision.
Il ne mange pas, il boit de la vodka bon marché. Il veut s’enivrer jusqu’à oublier, jusqu’à entendre la voix de son amour lui souffler le lieu où elle s’est perdue. Car noyé dans les vapeurs de l’alcool, Jean en est à présent sûr. Jeanne a dû tomber et perdre la mémoire.
Le 5ème jour, Jean se rend au commissariat de quartier. On le reçoit avec gentillesse et compassion mais on ne peut rien pour lui.
Des adultes qui disparaissent, ça arrive tous les jours. Jeanne a dû le quitter, lâcher son boulot pour recommencer ailleurs. Parfois, les adultes n’en peuvent plus de leur routine et un jour lâchent tout, comme ça…. Autant renoncer et la laisser partir.
Le 6ème jour, Jean est toujours persuadé que sa Jeanne est amnésique, perdue quelque part et a peur.
Il décide alors de se rendre chaque jour dans leurs lieux préférés pour l’attendre, la retrouver.

  • 08h : le dépôt de bus
  • 10h : le café d’en face
  • 12h : leur restaurant préféré
  • 13h : retour chez lui ; leur petit nid d’amour
  • 14h : leur cinéma de quartier
  • 16h : retour au dépôt de bus
  • 18h : pot dans leur boîte de jazz préféré
  • 20h : retour à la maison

C’est ainsi que jour après jour, Jean se levait à la même heure.
Il avait mis en place une routine qui lui permettait de survivre à l’absence…

~~~~~~~~~~~~
Voici ma participation à l’atelier d’écriture de Bricabook.

About Val

View all Posts

Blogueuse, lectrice équipée d’un reader depuis plusieurs années. Grande fan de Science Fiction, de thriller, Valérie ne passe pas une journée sans ouvrir un livre. Et quand elle ne lit pas, ce qui est vraiment rare, Valérie adore aller au cinéma (voir des films SF), regarder des séries (principalement SF)…elle travaille aussi mais ça, c’est une autre histoire…

8 Comments on this post

  1. Très joli texte qui demande une suite…..Une femme ne disparaît pas dans la nature en laissant toutes ses affaires et son amoureux sans une explication que tu vas être obligée de nous donner!!!….En attendant il a bien raison de faire ce qu’il fait: d’abord ça l’aide lui, et ensuite elle saura où le retrouver si elle est en capacité de le faire…..

    Benedicte D. / Répondre
  2. Voici une autre interprétation de la photo.
    1, on sait comment il s’appelle, son passé, son présent, mais
    2, on se questionne sur l’avenir de Jeanne.

    J’aime.

    jacou33 / Répondre
  3. Juste un peu troublé par les changement de temps imparfait présent imparfait.. mais vu que je ne suis pas parfait, ça doit expliquer 😉 Un texte qui appelle une suite ou une chute.. ou dois-je y voir une référence biblique à l’aube su septième jour 😉

    nimentrix / Répondre
    • Hum tu a raison Nimentrix..je voulais faire une rupture, mais ce n’est pas joli à la lecture. Je modifierai quand je reprendrai ce texte. Merci d’être passé 🙂

  4. et la boucle est bouclée, mais Jean attend. C’est assez incroyable cette réponse courante du commissariat de quartier, c’est troublant

    janickmm / Répondre
    • L’attente est dure pour Jean. Il va se rebeller contre son commissariat de quartier. Leur réponse est inacceptable !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

12 − 10 =